ChatGPT compte 662 millions d’utilisateurs actifs par mois dans le monde, capte encore 46 % du marché des assistants IA, et vient de déposer son dossier d’entrée en bourse sur la base d’une valorisation de 852 milliards de dollars. Grok, lui, est le troisième chatbot le plus utilisé en France — juste derrière ChatGPT et Gemini —, adossé depuis février 2026 à l’empire SpaceX d’Elon Musk, un ensemble valorisé 1 250 milliards de dollars. Trois semaines avant cette fusion, la Commission européenne ouvrait une enquête formelle contre lui pour une vague de deepfakes sexuels générés en masse, visant notamment des mineurs. Voici le match du 7 juillet 2026 — chiffres, procès et rapports d’ONG compris, sans le vernis marketing.


Résultats du test : le verdict en bref

Sur les sept critères de ce comparatif, ChatGPT l’emporte 4 à 2, avec une égalité. Il gagne large sur l’adoption réelle, le prix, la sécurité des mineurs et le dossier réglementaire européen. Mais Grok n’est pas battu partout : sur l’accès à l’actualité en temps réel et sur sa liberté de ton assumée, moins filtrée que celle de son rival, il garde une vraie longueur d’avance.

Critère ChatGPT Grok Avantage
Adoption réelle (France et monde) 662 M d'utilisateurs/mois, 46 % du marché, n°1 en France 3ᵉ chatbot en France, part mondiale marginale ChatGPT
Accès à l'actualité en temps réel Recherche web, sans réseau social natif Intégré à X, DeepSearch sur le flux en direct Grok
Prix d'entrée et lisibilité tarifaire Plus à 20 $/mois, Pro à 200 $/mois SuperGrok à 30 $/mois, Heavy à 300 $/mois ChatGPT
Sécurité des mineurs et contenus non consentis Plainte en cours, mais pas de rapport comparable Jugé « parmi les pires » par Common Sense Media ChatGPT
Dossier réglementaire européen à ce jour Enquête CNIL ouverte, aucune amende à ce jour Amende DSA de 120 M€ + nouvelle enquête (risque 6 % du CA) ChatGPT
Liberté de ton et filtrage des réponses Prudent, refus fréquents sur les sujets sensibles Positionnement assumé « moins filtré » Grok
Solidité financière perçue 852 Md$, IPO déposée (visée à 1 000 Md$) Fusionné à SpaceX, ensemble à 1 250 Md$ Égalité

Verdict Le Recul. Aucun des deux n'est le simple « chatbot » que son marketing laisse entendre : l'un vise le grand public et l'entreprise, l'autre vise la vitesse et l'absence de filtre.

ChatGPT l'emporte nettement (4-2, une égalité) — plus utilisé, moins cher à l'entrée, et surtout beaucoup moins exposé aujourd'hui sur le terrain le plus grave : la sécurité des mineurs et les sanctions réglementaires déjà tombées.

Grok garde deux atouts réels : l'accès instantané au flux de X et une liberté de ton que certains utilisateurs recherchent activement. Mais ces atouts sont indissociables de ce qui lui vaut aujourd'hui une amende, une enquête européenne et un rapport qui le classe « parmi les pires » pour les mineurs.


Deux philosophies, une même course au trillion

ChatGPT est né le 30 novembre 2022, produit phare d’OpenAI, fondée par Sam Altman et une poignée de chercheurs dès 2015. Sa trajectoire financière a pris une tournure vertigineuse en 2026 : un tour de table de 122 milliards de dollars bouclé le 31 mars, mené par Amazon (50 Md$), SoftBank (30 Md$) et Nvidia (30 Md$), portant la valorisation post-money à 852 milliards de dollars. Le 8 juin 2026, OpenAI a déposé son dossier d’entrée en bourse, en visant environ 1 000 milliards de dollars à la cotation. L’entreprise revendique désormais 662 millions d’utilisateurs actifs par mois, contre 533 millions en décembre dernier, et détient encore 46 % du marché mondial des assistants IA en mai 2026 — en recul, pour la première fois sous la barre des 50 %, face à la percée de Google Gemini (28 %) et Claude (10 %).

Grok vient d’ailleurs. Lancé fin 2023 par xAI, la société fondée par Elon Musk, il s’est construit sur un positionnement inverse : une IA « moins censurée », intégrée nativement au réseau social X, avec un accès direct au flux d’actualité en temps réel. Sa trajectoire financière est tout aussi spectaculaire : la valorisation de xAI est passée de 24 milliards de dollars fin 2024 à 230-250 milliards début 2026, avant que l’entreprise ne fusionne avec SpaceX le 2 février 2026, créant un ensemble combiné valorisé 1 250 milliards de dollarsune opération qui rappelle la logique déjà critiquée par Le Recul lors de l’entrée en bourse de SpaceX, largement adossée à des projets non encore livrés. En France, Grok occupe la troisième place des applications IA les plus utilisées, derrière ChatGPT et Gemini, selon le rapport « State of AI » de Sensor Tower publié fin juin 2026.

Deux philosophies, donc : l’une vise l’adoption de masse et l’intégration en entreprise, l’autre vise la vitesse, l’actualité brûlante et une audience qui valorise l’absence de filtre.


Ce que chacun fait vraiment

ChatGPT a dépassé depuis longtemps le simple chatbot. OpenAI y a empilé la génération d’images et de vidéos (Sora), la recherche approfondie (Deep Research), une mémoire persistante entre conversations, des agents capables d’exécuter des tâches, et plus récemment des ambitions ouvertement commerciales : achats intégrés, publicité et un assistant baptisé en interne « Aria » qui transforme progressivement ChatGPT en plateforme de commerce — une bascule que Le Recul a déjà documentée en détail. L’outil vise un public généraliste : particuliers, professionnels, développeurs (via Codex) et grandes entreprises.

Grok mise sur un terrain différent : la fraîcheur de l’information et l’intégration native au réseau social X, qui lui permet d’analyser des posts, des images et des tendances en temps réel — un avantage réel pour le suivi d’actualité, là où ChatGPT dépend d’une recherche web classique. xAI a aussi développé Grok Imagine (génération d’images et de vidéos) et des « compagnons » IA à personnalité — dont Ani, une compagne animée au ton « gothique », dont le mode le plus poussé débloque des échanges à caractère explicite. Problème documenté : l’application était notée 12+ sur l’App Store malgré cette fonction, ce qui a nourri une bonne partie des inquiétudes détaillées plus bas.


Le prix, sans les petits caractères

Formule ChatGPT Grok
Gratuit Oui, modèle allégé Oui, usage limité
Entrée payante Go : 8 $/mois — (pas de palier équivalent)
Individuel standard Plus : 20 $/mois (~23 € TTC en France) SuperGrok : 30 $/mois (25 $/mois en annuel)
Bundle plateforme — (pas d'équivalent réseau social) X Premium+ : 40 $/mois (Grok inclus + avantages X)
Usage intensif Pro : 200 $/mois (~229 € TTC en France) SuperGrok Heavy : 300 $/mois
Entreprise Team et Enterprise sur devis Sur devis (accès API séparé)

Sur chaque palier comparable, ChatGPT reste moins cher : 20 $ contre 30 $ pour l’entrée individuelle, 200 $ contre 300 $ pour le haut de gamme. Grok compense en partie via le bundle X Premium+, qui ajoute les avantages de la plateforme sociale (moins de publicité, monétisation créateurs) — mais ce n’est pas un abonnement IA pur, c’est un abonnement plateforme qui inclut de l’IA.


L’angle que la plupart des comparatifs occultent : la sécurité des mineurs

C’est ici que ce comparatif s’écarte du reste de la presse spécialisée, qui compare surtout qualité de réponse et rapidité. Sur la sécurité des mineurs et la production de contenus sexualisés non consentis, le dossier est lourd — et très inégalement réparti entre les deux outils.

Le Recul a déjà documenté en détail la vague de deepfakes sexualisés générés via Grok : une députée britannique, Jess Asato, poursuit xAI devant la justice après la génération d’images sexualisées non consenties la représentant ; une autre plaignante, Ashley St. Clair, affirme avoir été représentée mineure sur une image générée par Grok ; la ville de Baltimore a également engagé une procédure. Le Center for Countering Digital Hate estimait à environ 3 millions le nombre d’images sexualisées produites et publiées sur X en seulement 11 jours fin décembre 2025-début janvier 2026. Face à l’indignation, xAI a restreint l’outil aux utilisateurs payants le 9 janvier 2026, puis ajouté de nouvelles restrictions le 14 janvier — mais un test mené par Reuters le 3 février a montré que l’outil continuait, dans la majorité des cas, à produire des images sexualisées de personnes réelles sans leur consentement.

Depuis, le dossier s’est encore alourdi. Common Sense Media, référence américaine de l’évaluation de sécurité numérique pour les jeunes, a publié le 27 janvier 2026 un rapport concluant que Grok n’identifie pas correctement les utilisateurs mineurs, que son « Mode Enfants » laisse passer du contenu explicite, et que l’outil gère dangereusement les signaux de détresse psychologique. Le responsable de l’étude le résume sans détour : Grok est « parmi les pires » chatbots jamais évalués par l’organisation. Le procureur général de Californie a ouvert une enquête pour déterminer si xAI a enfreint la loi américaine. En France, un sénateur a directement interpellé le gouvernement via une question intitulée « Stop à Grok », réclamant l’interdiction des fonctions de « dénudification » ; le gouvernement a répondu être « pleinement mobilisé » face à ce problème. Au niveau européen, après une première amende de 120 millions d’euros infligée à X le 5 décembre 2025 pour violation du Digital Services Act, la Commission européenne a ouvert le 26 janvier 2026 une nouvelle enquête formelle centrée sur Grok — avec, à la clé, un risque d’amende pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial de X. L’Arcom, le régulateur français de l’audiovisuel et du numérique, s’est publiquement félicité de l’ouverture de cette enquête.


OpenAI n’est pas un enfant de chœur pour autant

Le tableau ne serait pas honnête s’il s’arrêtait là. OpenAI fait elle aussi face à un dossier grave : la famille d’Adam Raine, un adolescent américain de 16 ans mort par suicide, poursuit l’entreprise en justice, affirmant que ChatGPT lui aurait fourni des indications dangereuses — jusqu’à analyser la photo d’un nœud coulant et confirmer qu’il pouvait « potentiellement suspendre un être humain ». OpenAI se défend en invoquant une utilisation « inappropriée » de l’outil.

Le timing de la communication d’OpenAI n’a pas aidé sa cause : le 14 octobre 2025, à peine deux mois après le dépôt de cette plainte, Sam Altman annonçait que ChatGPT autoriserait, à partir de décembre, la génération de contenus « erotica » pour les adultes vérifiés — au nom d’un principe de « traiter les adultes en adultes ». L’annonce a suscité une vague de critiques d’une ampleur qu’Altman a lui-même reconnue avoir sous-estimée. Autre fait révélateur : lors de son enquête sur Grok, Le Recul a lui-même testé la génération d’images par IA — via ChatGPT — et obtenu un visuel sexualisé à la limite de l’explicite, sans utiliser l’image d’une personne réelle. La différence avec les cas documentés autour de Grok est réelle (pas de personne réelle ciblée, pas de diffusion publique), mais elle rappelle que le risque n’est pas propre à un seul éditeur.

Une nuance de taille distingue néanmoins les deux dossiers : contrairement à Grok, ChatGPT n’a fait l’objet, à ce jour, d’aucun rapport d’ONG le classant « parmi les pires » pour la sécurité des mineurs, ni d’aucune amende réglementaire déjà prononcée. La CNIL a bien ouvert une procédure de contrôle sur ChatGPT après plusieurs plaintes portant sur le RGPD, mais aucune autorité européenne n’a encore rendu de décision — une situation d’attente très différente d’une amende de 120 millions d’euros déjà tombée.


Conformité réglementaire : deux dossiers, pas le même poids

C’est le critère le plus structurant de ce comparatif, et celui qui explique l’essentiel de l’écart de score.

Le dossier de Grok/X est déjà tranché sur un point : 120 millions d’euros d’amende, infligés le 5 décembre 2025 pour violation du Digital Services Act. La nouvelle enquête ouverte le 26 janvier 2026 porte spécifiquement sur les capacités de génération d’images de Grok et sur les systèmes de recommandation de X, soupçonnés d’amplifier des contenus illégaux — y compris des contenus pouvant constituer du matériel pédopornographique selon la Commission. Si les manquements sont confirmés, l’amende potentielle grimpe jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial de X, un montant sans commune mesure avec la sanction déjà infligée.

Le dossier ChatGPT, lui, reste ouvert mais non tranché : la CNIL a reçu plusieurs plaintes et mène des contrôles sur la conformité RGPD d’OpenAI (transparence sur les données d’entraînement, droit d’opposition), sans qu’aucune autorité européenne n’ait à ce jour rendu de décision, favorable ou défavorable. L’AI Act européen, dont une étape clé impose des obligations renforcées de sécurité pour toute IA interagissant avec des enfants à partir du 2 août 2026, va mécaniquement remettre les deux entreprises sous la loupe — mais Grok y arrive avec une amende déjà encaissée et une enquête ouverte, quand ChatGPT y arrive avec un dossier encore en instruction.


Les vraies limites, sans les cacher

ChatGPT n’est pas exempt de reproches structurels : sa dérive vers une « super-app » commerciale (achats intégrés, publicité, agents transactionnels) interroge sur ce que devient un assistant conçu au départ pour répondre à des questions. Sa décision d’ouvrir des contenus pour adultes, prise dans un contexte judiciaire sensible, reste un choix de communication contestable. Et son avance en parts de marché s’érode déjà face à Gemini, dont la progression est spectaculaire.

Grok, de son côté, ne se résume pas à son scandale de sécurité : son accès en temps réel à X reste un atout réel pour le suivi de l’actualité brûlante, et son ton moins filtré séduit une audience précise qui reproche à ChatGPT une prudence jugée excessive. Mais cet atout et ce défaut sont les deux faces d’une même pièce : c’est précisément la volonté d’imposer le moins de garde-fous possible qui a permis la vague de deepfakes documentée plus haut. Un chatbot ne peut pas revendiquer l’absence de filtre comme argument commercial et s’étonner ensuite que l’absence de filtre produise des dégâts.


Ce qu’il faut retenir

  • Vainqueur global sur ce comparatif : ChatGPT (4 critères sur 7, une égalité). Adoption réelle, prix, sécurité des mineurs et dossier réglementaire européen font pencher la balance.
  • Grok garde deux atouts réels : l’accès instantané au flux de X et une liberté de ton assumée, moins filtrée — un vrai argument pour une partie de son public.
  • La sécurité des mineurs est l’écart le plus net : Grok est qualifié « parmi les pires » par Common Sense Media (27 janvier 2026) ; ChatGPT fait face à un procès grave (affaire Raine) mais pas à un rapport comparable.
  • Le dossier réglementaire penche lourdement du côté de Grok : amende DSA de 120 millions d’euros déjà tombée, nouvelle enquête européenne en cours, question sénatoriale en France. Côté ChatGPT, une enquête CNIL reste ouverte, sans décision à ce jour.
  • Aucun des deux n’est un cas isolé : le propre test de Le Recul a montré que ChatGPT pouvait, lui aussi, générer une image sexualisée à la limite de l’explicite.
  • Le chiffre à retenir : 6 %. C’est la part du chiffre d’affaires mondial de X que la Commission européenne pourrait saisir en amende si son enquête sur Grok, ouverte le 26 janvier 2026, conclut à des manquements systémiques au Digital Services Act.

Notre verdict. L’IA promet, Le Recul vérifie. ChatGPT et Grok ne visent pas le même public : l’un cherche l’adoption de masse et l’intégration en entreprise, l’autre cultive la vitesse et l’absence de filtre comme argument de vente. Sur la popularité, le prix et le dossier réglementaire, ChatGPT s’impose sans ambiguïté. Mais le vrai enseignement de ce comparatif n’est pas un score : c’est qu’un chatbot conçu pour minimiser les garde-fous a fini, prévisiblement, par produire les dégâts que ces garde-fous étaient censés éviter — et qu’aucun des deux éditeurs, en réalité, n’a encore résolu la question de la sécurité des mineurs. Pour aller plus loin, voyez aussi notre comparatif voisin Perplexity contre Mistral, sur le même terrain de la confiance réelle plutôt que de la seule performance.